Aujourd'hui, voilà exactement deux ans que notre mère, à Hortense et moi, est morte. Hortense, ma s½ur, ainée de 3 ans, est une personne que je n'ai jamais réellement appréciée, mais avec qui j'ai du apprendre à composé...Ainsi va la vie.
Hortense est grande, plutôt belle femme, même très, je dois bien l'avouer, qui de surcroit sait savamment se mettre en valeur. Son teint, peu importe la saison, est toujours parfait, je veux dire, jamais trop, ni trop peu; sans cesse en totale adéquation avec la saison, ce que je trouve tout simplement extraordinaire.
"Ses traits sont fins, magnifiques, elle possède des yeux bleus qui galvanisent tout ce qu'ils observent (en particulier la gente masculine, bien sur), ses cheveux, n'en parlons même pas, cette femme me rend dingue..." est typiquement ce que j'entends dire des hommes à son propos.
Quant à moi, et pour faire dans la concision: je la déteste totalement et la trouve niaise au possible.
Je suis assis en face d'elle, nous buvons, je ne sais pas trop pourquoi nous nous réunissons tous les ans depuis l'an passé un vingt trois décembre, car elle sait que je n'ai jamais aimé notre mère, cette personne absolument adorable, généreuse, d'une extrême sympathie avec le monde entier...sauf dès qu'il s'agissait de moi. Elle a rapidement décidé de ne pas m'aimer, j'ai fait pareil. Je ne sais pas si le fait de me poser la question du "qui a commencé en premier à ne pas aimer l'autre" est important, mais en vue de meubler la conversation avec ma s½ur, je décide de lui demander son avis sur le sujet. Elle m'observe pendant quelques secondes, puis se met à me parler de la musique en 2008, de ses albums préférés de l'année écoulée, parfois elle me cite des trucs que je ne supporte pas(MGMT), à d'autres des trucs que je ne connais pas( Pas Chic Chic, Fuck Buttons, Woven Hand, Matt Elliott etc etc) puis elle en vient très logiquement (je ne sais pas comment d'ailleurs) à me parler des albums qui m'ont plu en 2008( des conneries telles que Portishead, les Last Shadow Puppets ou bien encore The Mars Volta) (pour n'en citer que trois très connus).
Elle m'ennuie, beaucoup, je la trouve chiantissime avec sa manière de procéder, toujours très méthodiquement, je ne la vois qu'une seule fois par an, or je suis certain que sa vie les 364/5 jours restant est résumée avec beaucoup d'exactitude au début de cette phrase. Hortense est ma soeur, et je la hais.
Alors je lui dis d'abord, d'une voix posée, puis lui crie par la suite, absolument sans raisons, "tu me fais chier, tu me fais chier", elle hoche d'abord la tète avec gravité, puis des larmes se forment aux creux des yeux, et dans la minute c'est le monde entier dans un rayon de 25 mètres qui est alerté par ses hurlements grandiloquents; elle lance tout ce qui lui tombe dans les mains, puis se jette à terre tout en continuant de crier le nom de notre mère aussi fort que si sa vie en dépendait, je la regarde médusé, et maintenant c'est le regard incroyablement faible, ridicule, de l'homme qui avait pris son numéro environ 15 minutes auparavant, qui se pose sur elle, je vois à son expression faciale qu'il est presque horrifié, alors en mon for intérieur je pense "bien fais pour ta gueule, connard", mais le bruit qu' Hortense crée dans cette somptueuse salle s'amplifie, s'amplifie, au début c'est comme si on me donnait des coups de marteau sur le crane, ensuite il s'agit d'un concours de lancers de marteau sur mon pauvre crane, alors la terreur s'empare de moi "que faire que faire QUE FAIRE??", je jette des regards interrogateurs à toutes ces personnes autour de moi, ces Sarah, Denis, Edouard, Pierre, Elise, toutes ces personnes qui se ressemblent, qui sont chacun la copie conforme de l'autre, et par conséquent qui me ressemblent, ils me renvoient (à) mes regards interrogateurs, Santogold L.E.S. Artistes est la musique qui sort des enceintes Denon placées aux extrémités de la pièce, la qualité du son est absolument sublime, (mais dans ma tête ce sont les merveilleux Lightning Bolt), tout sature, cet instant est inhumain, parfois j'ai envie de crever, tout est si confus dans ce monde, on ne peux jamais être totalement certain de ce qui se passe dans la tête des autres etc etc...
Tout s'arrête finalement lorsque je tends un regard perfide vers ma s½ur, Hortense. Elle est sagement assise en face de moi en train de me demander ce qu'il en est actuellement de ma vie amoureuse.
